Expo photo L’ENVERS DU DECOR – A la Galerie Art-Z (Paris 11ème) – Du 19 septembre au 19 octobre 2019

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Photographies de Mabeye Deme / Saïdou Dicko / Robert Nzaou.

Mabeye Deme

On ne sait, au premier regard, à quelle période temporelle les images de Mabeye Deme appartiennent. Sont-elles de vieilles photos usées par le temps ? Sont-elles des images contemporaines ? Pour certaines, on doute aussi du médium photographique : sont-elles des photos ou des peintures ou encore des gravures ?

Ses images intriguent par leur texture. On devine un filtre entre l’appareil et le spectacle de la rue, dont on ne sait dire s’il est temporel – l’usure du temps – ou si le filtre est un artifice matériel, mais lequel ? Le filtre, quel qu’il soit, n’empêche pas d’être en prise avec ce qui est photographié, autrement dit la rue et ses passant.e.s surgissent, elles ne sont pas dissimulées…

Le filtre ne cherche pas à cacher ou à se cacher, il instaure plutôt une pudeur qui est garante de l’intimité du rapport qui s’établit avec la rue. L’intimité est ici synonyme de tact: une manière d’entrer en relation sans s’imposer.

Mabeye Deme est né à Tokyo d’une famille sénégalaise. Il a en grande partie grandi à Paris, en partie à Dakar et ailleurs encore. Lorsqu’il revient à Dakar, plusieurs fois par an, il fait l’expérience de l’exil constitutif de son histoire familiale. La ville lui est autant familière que distante. Le filtre lui permet de trouver une place instable pour entrer en relation avec Dakar, sans forcer l’illusion d’une immédiateté.

Mabeye Deme trouve sa place sous les toiles usées des tentes éphémères construites au milieu des rues des quartiers populaires dakarois. Ces tentes accueillent des cérémonies de mariage, de baptême, de décès, de fêtes en tout genre…Les tentes de toile sont montées, remontées, démontées. Elles se déchirent à force d’usure et sont recousues jusqu’à épuisement et renouvellement.

Ce sont ces accrocs que Mabeye Deme recherche et qu’il exploite pour dire l’usure du temps, les ruptures, et la distance de l’exilé avec une ville, qui se dérobe toujours à son présent.

– Sarah Mekdjian –

Saïdou Dicko

Saidou-Dicko

Saïdou Dicko est né au Burkina Faso en 1979, il est artiste plasticien autodidacte (photographe, vidéaste, installateur et peintre).

À l’âge de 5 ans, Dicko, berger Peulh, apprend à dessiner en recueillant les ombres de ses moutons sur les sols du Sahel. Tout naturellement, l’ombre est présente dans l’ensemble de son travail.

En 2005, il se lance dans la photographie. 6 mois après ses débuts photographiques, il présente sa première exposition dans le Off de la biennale de Dakar 2006 où il obtient un prix, le premier d’une longue série.

Par la peinture, la photographie, la vidéo ou les installations, Dicko transforme la représentation des formes donnant vie à des phénomènes visuels, à des évènements physiques et psychologiques de la lumière, unissant les deux valeurs extrêmes qui sont au cœur du contraste noir et blanc. Il trouve plaisir à rassembler les opposés pour nous parler d’égalité, d’union, d’amour maternel, liberté, humanité …

Son travail artistique continue d’évoluer grâce à ses voyages, son vécu, ses inspirations diverses et toujours sa quête d’un monde meilleur.

Sa nouvelle série « The Shadowed People » est le reflet de toutes ces années de travail et de recherche. Il nous présente des œuvres de plus en plus poétiques et à la fois poignantes qui le dévoilent de jour en jour.

Robert Nzaou-Kissolo

Roberto-Nzaou-Kissolo

Robert Nzaou-Kissolo, photographe congolais, vit entre les villes du Cap en Afrique du Sud et de Pointe Noire en République du Congo. Il documente la vie quotidienne dans les rues de Pointe Noire depuis 2014.

« L’envie de raconter, partager des moments ordinaires ou insolites, montrer au reste du monde d’où je viens est la base de mon travail et de ma créativité.

Chez moi, grande famille avec dix enfants, l’art n’avait pas sa place. C’est au début des années 90, au travers du rap français et de la poésie urbaine, qu’avec quelques amis j’ai commencé à me projeter dans des moyens d’expression artistiques. Je me suis baigné avec volupté dans les sons et les mots, exprimant la vie de la manière la plus sensible.

Je n’ai découvert la photographie qu’en 2015 au travers des grands maîtres occidentaux : Henri Cartier Bresson, Robert Frank, Robert Doisneau… J’ai eu un coup de foudre absolu pour ce médium qui me permettait de raconter des histoires et de rester poète, de développer mon imaginaire tout en l’inscrivant dans la réalité. La photo de rue est devenu mon crédo et j’ai passé la majeure partie de mon temps à vivre cette passion poétique au plus près des gens et de leur vie.

Mon espace de travail se partage entre le Congo et l’Afrique du Sud… Pointe Noire et un petit village, Wovengeat, à proximité du Cap. Dans les images exposées c’est la magie de l’eau qui m’a inspiré, son pouvoir, sa matière, cette possibilité qu’elle offre de casser la réalité, de la sublimer.

Le travail d’un grand artiste congolais, Kiripi, partis trop vite, m’a inspiré et m’a permis de me dépasser, de croire à la force de cette dynamique partagée avec un autre. Un maître qui avait posé les jalons d’une pratique innovante, mais aussi un frère de rue, de sentiments et au final de poésie.

Poésie du bruit, des odeurs, des déchets abandonnés qui deviennent des étoiles, des gens qui divaguent dans toute la noblesse de leur posture, des enfants qui jouent la tête perdue au plus près d’un ciel improbable… Les rimes d’un poème infini, une ode à la force vitale de l’homme et de l’eau, du fluide et des corps.

Ma photo est peinture et ma photo est vie. Elle fait battre mon cœur et me pousse sans cesse à chercher et essayer de comprendre ce qui, au travers d’une image, peut bouleverser tous les hommes de la planète, toucher le congolais comme le français, le japonais comme le bolivien. Mes photos, je l’espère, composent un lien poétique entre les différents membres de la grande famille humaine »


Galerie Art-Z

27 rue Keller, Paris 11ème

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