FRED EBANI – « ALIEN NATION » : Un mix de couleurs et de dérision qui réveille les esprits

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FREDFred Ebami    

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Une palette de couleurs, de phrases chocs et de représentations originales attendent les visiteurs de l’exposition « Alien Nation » du franco-camerounais Fred Ebami du 4 au 27 juillet 2013, l’espace Seven de Paris.Fred Ebami

C’est au détour d’une rue riche en galeries d’art que se trouve l’Espace Seven. Une galerie qui ne manque pas de lumière et de chaleur grâce à sa large vitrine et à son espace détente.

Dès l’entrée, un étrange drapeau « armé » des Etats-Unis frappe immédiatement les regards. En effet, les célèbres étoiles de ce drapeau ont disparu pour laisser place à plusieurs armes à feu en plastique blanc, de tailles différentes et disposées de façon aléatoire en haut à gauche de ce tableau. L’étrangeté de ce drapeau ne s’arrête pas là. Face à ces armes ( c’est-à-dire en haut à droite de la toile), un étonnant « Gun blesse America » se démarque avec ses larges lettres noires accompagnées pour certaines d’une touche de jaune. La phrase toute entière, qui renvoie bien sûr à l’expression typiquement américaine « God bless America », parait même prendre forme sur son fond aux rayures rouges et blanches. En fin de compte, dans ce tableau signé Fred Ebami, seules les couleurs et les rayures restent fidèles au drapeau original. C’est donc un premier travail ingénieux que nous propose l’artiste. Grâce à celui-ci, Fred Ebami a trouvé un beau moyen de dénoncer la violence qui existe encore aujourd’hui. Il se sert de ce tableau pour faire un marquant appel à la paix et au respect. L’artiste va d’ailleurs renouveler ce procédé astucieux pour aborder le continent africain. Cette fois-ci, les armes ne sont plus en plastique mais directement peintes sur la toile et celles-ci sont toutes jaunes et semblables. Mais, l’artiste va surtout rajouter une leçon de morale à son œuvre juste en dessous de ces armes. Il écrit: « Why are we killing each other? Money? Power? We are not eternal!!! » (« Pourquoi nous entretuons-nous? Argent? Pouvoir? Nous ne sommes pas éternels!!! »).

Sur cette toile, le jaune et le vert viennent remplacer le blanc et le bleu du drapeau américain certainement car ce sont des couleurs plus propres au continent africain. De plus, la phrase « Gun blesse Africa » est une fois de plus présente. Là encore, quelques changements sont notables. D’abord, les lettres ne sont plus aussi épaisses, ensuite, le mot « gun » est écrit en majuscules roses et le « A » de Africa est remplacée par une reproduction bleue du continent. Enfin, un dernier élément diffère de la première œuvre: c’est la présence d’un homme au centre de la toile, se tenant debout, le poing levé et regardant droit devant, vers le drapeau.

Un deuxième tableau représentant un enfant soldat sur un fond noir attire ensuite notre attention. De part et d’autre de l’enfant, de multiples messages peuvent être lus tels que « War kills innocents » (« La guerre tue des innocents ») ou encore « No more pain+more games » (« Plus de souffrance+plus de jeux »).

Ce sont tous des messages puissants aux formes et aux couleurs variées. L’enfant, quant à lui, porte une cravate et chemise bleue munie de l’inscription « I love life » (« J’aime la vie »). Ainsi, par le biais de cette toile, l’artiste prône une nouvelle fois la paix et ajoute à cette revendication la protection de l’enfance car l’enfance est une étape de la vie qui devrait rester belle et naïve et qui en aucun cas ne devrait être entachée par la violence et la guerre, soutient l’auteur d’Alien Nation. Ce dernier se considère lui-même comme un enfant dans un corps d’adulte. L’enfant est pour lui un thème très fort et récurrent.

La visite se poursuit avec de nombreux autres tableaux et cadres tous plus surprenants les uns que les autres. Fred Ebami apporte une touche décalée à chacun de ses travaux et n’hésite pas à revisiter à sa manière des figures religieuses.

Ainsi, sur une affiche, il va, par exemple, représenter une sainte « bling bling » qui, malgré son auréole et sa toge bleue, va porter un long collier semblable à celui que portent les rappeurs américains, avoir du vernis rouge sur les ongles de la main et de nombreux tatouages sur plusieurs parties du corps. Cette affiche est un moyen pour Fred Ebami de montrer que la mode est devenue une religion que tout le monde suit aujourd’hui. Un message qu’il écrit d’ailleurs à gauche de la religieuse. Au final, l’image obtenue par l’artiste est bien éloignée de celle qui serait en temps normal attendue lorsque l’on parle de religion.

« Je suis un sale noir, un sale blanc, un sale arabe, un sale juif, un sale jaune, un être humain » sont les mots forts qui constituent à eux seuls une œuvre à part entière. Tous sont rédigés en caractères gras sur un fond blanc sauf pour les mots « un être humain » qui sont quant à eux habillés aux couleurs de l’arc-en-ciel. Le symbole de la tolérance est alors ici très clair. Un vrai désir de respect entre les êtres humains se dégage.

Fred Ebami montre également l’importance des mots qui ne sont pas moins saisissants que les images. Les tableaux ou affiches que ceux-ci composent sont, certes, d’une simplicité déconcertante mais ils réussissent tout de même à marquer les esprits.

Alien Nation, une exposition qui joue sur la dérision pour faire passer des messages qui nous interpellent tous à propos de l’humanité, du monde qui nous entoure et de la réalité actuelle. L’artiste Fred Ebami, inspiré notamment de la pop art, touche à tout et ne se prend surtout pas au sérieux pour aborder des problèmes qui sont, quant à eux, graves et urgents.

 Catia Pereira Fernandes

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