5 Questions idéales à JOËL DES ROSIERS (« CHAUX », poésie)

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JOËL DES ROSIERS  

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JOËL DES ROSIERS

La chaux est l’encre des écrits divins. C’est donc à un Dieu à la main coupée, à ce point humain, que tout poète s’adresse comme limite de tout savoir. Plutôt que de prendre la parole, Joël Des Rosiers a voulu être enveloppé par elle, être porté par elle. La tentation est grande de se tourner vers ses poèmes antérieurs, ses champs de parfums et de sonorités, le gaïac, les savanes, le vétiver. Cela reviendrait à ignorer les traces d’une fulgurance plus ancienne : une terre vivante, une chaleur organique, la chaux, entre délire et prophétie, était entrée en lui dès les premiers jours, dans cet espace du dedans.
Avec Chaux, le même poème différent se continue en déjouant toute attente. L’écriture en est plus avide, plus déchiquetée, plus rapace. Plus dévêtue aussi. Si parfois les thèmes s’estompent, c’est pour revenir plus tard, à coups de visions, sous la forme de leitmotiv, affermis, mais non identiques. Le livre est divisé en trois parties : Iles (os du bassin), incarnation intensément marquée par la biologie ; Voiles, pour dire l’inquiétude d’une apparition autant que d’une disparition ; et enfin Batteries, qui clôt la démarche du héros épique au rythme des « tambours furieux ». Ces répétitions, variations, coupures et retours en arrière permettent de retrouver un poème enchanté, un chant indigène. Comme si toute l’œuvre était placée sous le signe du poudroiement de la chaux.
Depuis l’écriture divine sur les murailles de chaux, tant de poètes ont assumé les enjeux de fécondité de la chaux, mortier humble et universel de l’humanité. Tantôt en se réfugiant dans « une maison solitaire et chaulée » (Pessoa), tantôt en exaltant « les magnificences de la chaux » (Saint-John Perse). La parole passe, de poème en poème. Il y a dans ce livre un moment de vérité où la vocation originale du poète lui est révélée : « Je n’ai plus de souffle », écrit-il dans une sereine indifférence. Foudroyante ellipse, à peine soulevée de l’enfance où l’air manquait, qui célèbre un geste et condense toute la charge éperdue de Chaux..


Biographie JOËL DES ROSIERS
Psychiatre, poète et essayiste québécois d’origine haïtienne, Joël Des Rosiers est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, dont Métropolis Opéra (1987), Tribu (1990), Savanes (1993) et Caïques (2007, Mention Casa de las Americas). Son œuvre littéraire comprend également une nouvelle Un autre soleil (2007) ainsi qu’un recueil de correspondances Lettres à l’Indigène (2009). Dans son important essai intitulé Théories caraïbes : poétique du déracinement (1996, Prix de la Société des écrivains canadiens), réédité et augmenté (2009), il ouvre les espaces et les identités du sujet politique dans le contexte d’une littérature post-nationale. D’une écriture au phrasé raffiné, son dernier recueil Gaïac (2010) est habité de pulsations secrètes.
En 1990, il était finaliste au Prix du Gouverneur général pour Tribu. Vétiver lui a valu le Grand Prix du livre de Montréal en 1999 et le 16e Grand prix du Festival International de la Poésie de Trois-Rivières (2000), et a été salué par le Prix du Gouverneur général (2006, traduction anglaise).
Sa poésie est parcourue d’un amour de la langue qui est science, passion du langage et sensualité. En 2011, Joël Des Rosiers a reçu le prestigieux Prix du Québec – Athanase David pour l’ensemble de son oeuvre.

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