CESARIA EVORA : suite et fin

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CESARIA EVORA    

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Disparition. Trois mois après avoir mis un terme à sa carrière, la chanteuse capverdienne est décédée chez elle, samedi dernier.

CESARIA EVORA

Ce n’était pas spécialement de bon augure. Cette cruelle décision, en septembre dernier, d’arrêter de chanter. Et Cesaria Evora n’aura tenu que trois mois. Parce que la diva aux pieds nus ne chantera plus du tout. C’est fini. Elle est morte. Là-bas au Cap-Vert où elle pensait que la fortune lui laisserait bien quelques années de repos. Pour flâner, nonchalante et pieds nus, sur les plages de Mindelo. Parce que, pour reprendre un de ses titres, « Nha cancera ka tem medida », « ma fatigue est sans limite », Cize était trop fatiguée. Le repos, éternel celui-ci, c’est depuis samedi dernier. La chanteuse a poussé son dernier souffle dans un hôpital. Malgré la tristesse, on a envie de dire que tout s’est bien passé. Les Cap-Verdiens, toujours en exil, n’ont pas tous la chance de revenir mourir sur leur terre. Une autre grâce pour celle qui voyageait avec un passeport diplomatique capverdien. Elle, une chanteuse devenue première ambassadrice d’un petit pays insulaire et aride, au large du Sénégal.

La nouvelle a depuis lors fait le tour du monde. Et les hommages pleuvent. Sur toutes les radios et télévisions. Avec, en fond sonore, « Sodade », le titre qui restera sa signature. Plus encore que « Petit Pays », « Miss Perfumado », « Partida », « Amor E mar », « Mar Azul » ou « Angola ». Cesaria Evora avait 70 ans dont les vingt derniers à la lumière. Là où la mènera le Franco-Capverdien José da Silva, promoteur du label Lusafrica. En 1992, « Miss Perfumado » révèle une chanteuse de rien du tout qui a écumé les bars et les places de Sao Vicente, l’île natale, au nord du Cap-Vert. Et rien ne l’arrêtera plus. De nombreux albums et des spectacles à travers la planète entière viendront asseoir une renommée plus forte encore que celle que des Manu Dibango, Miriam Makeba ou Youssou Ndour.CESARIA EVORA

Le succès sur le tard qui, jamais, ne montera à la tête d’une grande et vieille dame revenue de tout. Qui avait tout vu, vécu et enduré du temps où elle chantait pour une cigarette ou quelques escudos. Alors, les ors, les lambris, les strass, les paillettes, les disques d’or, tout cela la laissait un peu zen. Non pas qu’elle n’appréciait pas. Si. Mais c’était sans plus. Parce que rien de tout cela n’aura fait changer celle qui se contentait de ses petits plaisirs : tabac, alcool, nourriture, bijoux, générosité et famille. Sourire énigmatique aux lèvres, elle n’a jamais été celle qui voulait plaire. Elle chantait, point barre. Elle était elle-même, manquant des fois d’entregent, souvent abrupte, mais toujours authentique. Jusqu’au bout. Pas de doute, c’est à présent que les artistes de tous bords vont s’emparer d’un riche répertoire fait de mornas mélancoliques et intemporelles. Intemporelles. Comme celle qui les aura chantées toute sa vie durant, semant la mélancolie dans des cœurs maintenant orphelins et meurtris.

Stéphane Tchakam

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