Expo : INITIES, BASSIN DU CONGO, Initiez-vous au musée Dapper

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INITIES, BASSIN DU CONGO 

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Jusqu’au 6 juillet 2014 le musée Dapper expose une étonnante collection d’objets issus des rites initiatiques autour du Bassin du Congo. Étonnante mais également riche car faite d’un mobilier lourd de passé. L’exposition Initiés, Bassin du Congo se propose alors d’initier les visiteurs à ce patrimoine.

INITIES, BASSIN DU CONGOEn partenariat avec le Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren, le musée Dapper présente aujourd’hui une collection d’objets issus de rites initiatiques. Autour du Bassin du Congo, les coutumes varient, portent le poids d’un patrimoine parfois différent. Cependant, la signification est la même. Le passage d’une vie à l’autre. De tous les pays du continent Africain, le Congo figure parmi les quatre plus peuplés. Une composante humaine qui peut expliquer en partie, la diversité de son héritage.

L’exposition Initiés, Bassin du Congo se fragmente en plusieurs pièces. Une première qui rend compte de l’œuvre de Romuald Hazoumé. Un artiste béninois qui renouvelle l’art du masque à travers des matières du paysage. Bidons d’essence, tuyaux, détritus ou tout autre élément trouvé dans le décor. Bien que béninois, Romuald revendique son initiation. « C’est pour cela qu’il a sa place dans cette exposition » nous explique Christianne Falgayrette-Leveau directrice du musée Dapper. Ses masques, accrochés aux murs noirs de la salle dans une pénombre solennelle se veulent la métaphore de notre société. Entre Histoire ancestrale et société de consommation. En artiste engagé, Romuald Hazoumé propose au visiteur comme un miroir de lui-même. A une certaine distance l’un de l’autre, chaque masque porte une signification propre. Cet art transcende l’esthétique. Romuald donne à ses sculptures éparses le long du mur des expressions familières, humaines.

INITIES, BASSIN DU CONGONous quittons cette introduction moderne au concept d’initiation pour une des deux parties de l’exposition : l’initiation chez l’enfant. L’adolescent initié devient alors l’adulte et peut accéder de ce fait à un statut social dans la société et se marier. Tout est dualité au musée Dapper. Les vitrines sont opposées les unes aux autres. Dedans, les masques issus des rites ancestraux se jaugent face à face. De lourds panneaux scindent la salle en deux et les coins sombres succèdent aux points de lumières vives. Les tons sont chauds. Les murs orangés de cette deuxième pièce font honneur aux œuvres adoucissant les traits parfois durs et figés des visages de bois tandis que les lumières tamisées rendent le tout intime. Aucun bruit n’est perceptible. Un murmure de temps en temps, pas plus. Etre initié est important, presque vital. Par ces rites, les futurs adultes seront alors considérés et respectés. S’étant révélés à eux-mêmes, parfois dans la douleur, ils ont du maîtriser leur propre corps, intérioriser leurs sensations. « Parfois les jeunes doivent passer dans une termitières, se faire piquer. Mais de la même manière que l’on va à l’école, dans certains pays, l’initiation doit se faire » développe la directrice du musée. « C’est comme le sport dans des conditions extrêmes. Aller au delà de ses propres limites pour avoir la maîtrise de son mental ». Maîtriser son mental, en partie grâce aux masques qui constituent les plus belles pièces de l’exposition. Faits de bois, de paille, taillés, sculptés et ornementés de plumes mais également d’ivoire et teintés de pigments divers.

L’exposition est intimiste, de par le calme qui y règne, mais aussi la sensation de chaleur qui en émane. Comme un cocon qui exprime de manière parfaite la solennité de ce dont on parle. Les jeux de lumière, les zones d’ombres dans certains coins de la salle, nous entraînent sans difficultés auprès de ces peuples initiés. Car le savoir qui résulte de l’initiation est un savoir empirique. Qui s’appréhende, se comprend et se vit. Ainsi, il s’agit souvent d’un bouche-à-oreille et non quelque chose que l’on apprend dans les livres.
La deuxième et dernière salle de l’exposition est accessible par un escalier.

L‘esthétique est sensiblement la même. Des vitrines aux trésors dans lesquelles patientent des masques, des bijoux, mais également du mobilier. En somme, tout ce qui pourrait témoigner de l’initiation. Mais cette deuxième partie traite également d’une autre forme de rite. Après le passage à l’âge adulte, il est possible, souvent au sein de sociétés initiatiques secrètes, de s’initier à un savoir particulier. Sur la médecine, la divination ou encore un savoir politique. Un savoir sensible et qui, encore un fois, n’est accessible que par des épreuves physiques intenses. S’abandonner pour naître de nouveau. Les masques présents viennent de toutes les provinces pour témoigner d’un patrimoine pluriel. Des photos sont visibles, celles d’enfants, d’adultes, mais également des films, des reportages. Parmi les objets se trouve également les outils qui servent aux mutilations physiques, circoncision pour exemple.

L’Initiation est commune à de nombreuses sociétés et pratiquée dans la plupart des pays, sous différentes formes cependant. L’importance n’est pas la même, l’aspect vital encore moins. On parle tour à tour d’un « initié » dans les sociétés occidentales comme quelqu’un qui connaît une chose, l’a vécu et peut en témoigner pour propager un savoir puis en Afrique subsaharienne comme d’une renaissance. Accepter de se perdre, mourir en quelque sorte pour mieux renaître. Nouveau. Quoique les hommes puissent faire et ce depuis toujours, l’Histoire nous a démontré qu’il fallait conserver leurs témoignages, les personnifier par des objets. Créer une symbolique qui s’impose d’elle-même parfois.

C’est cette histoire ancestrale perpétuée de nos jours qui peut expliquer le choix par le musée d’un mélange entre art représentatif contemporain, notamment par Romuald Hazoumé, initié revendiqué, et un art historique habité par les masques. Devenir autre c’est changer, se transfigurer. En cela, les masques sont utiles car personnification à souhait du changement de l’être. De la difficulté passée naît la sensation de facilité et la peur annihilée de la douleur. La maîtrise totale de son être. Il est alors intéressant pour le visiteur d’établir un parallèle entre l’initiation expérimentée en occident et celle découverte lors de l’exposition.

Camille Carlier

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