« LAISEEZ-MOI PARLER » de Halima Hamdame – Au Lavoir Moderne Parisien (Paris 18ème)

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Halima Hamdame   
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Halima Hamdane laisse des générations de servantes marocaines s’exprimer.
 Du 8 au 27 juillet 2013, le Lavoir Moderne Parisien, salle emblématique et aujourd’hui menacée, accueille, pour la 14ème année consécutive, le festival « Nous sommes tous des Africains ». La programmation propose au public de découvrir différentes formes d’expression comme le théâtre, le one woman show ou les projections cinématographique. Le 19 juillet dernier, c’est dans l’univers du conte qu’Halima Hamdane nous a emmenés.

Théâtre de quartier
Tout commence dès l’entrée du théâtre. Il nous faut parcourir quelques mètres de la rue Léon pour y accéder. Nous sommes dans le quartier populaire de la Goutte d’Or. Le théâtre est un lieu chaleureux, un lieu de spectacle vivant, à la fois proche des habitants et attaché au développement culturel du quartier. Dans la salle, les murs sont bruts, les poutres apparentes, il n’y a pas de scène surélevée mais un simple plancher, les artistes sont au plus proches de leur public.

Nous prenons place sur un des fauteuils bleus avant que la lumière ne s’éteigne. La voix mélodieuse d’Halima Hamdane commence alors à se faire entendre : la conteuse entonne un chant et va vers la scène. Un tabouret pour simple décor, elle y prend place.

Paroles de femmes
« Laissez-moi parler », adaptation de son ouvrage raconte l’histoire d’Yitto, une petite fille marocaine enlevée pour être esclave dans une famille bourgeoise. Halima Hamdane parle en son nom, évoque son parcours depuis son enlèvement jusqu’à la naissance de ses petits enfants. Un parcours lors duquel Yitto va rencontrer et créer des affinités avec différentes femmes, dont les vies sont aussi racontées par Halima Hamdane.

A travers ses paroles, on est vite plongé dans une ambiance de maison marocaine, lors d’un instant où les domestiques se retrouvent pour parler de tout et de rien, des bribes d’histoires dont elles ont entendues parler ça et là. Le mariage du fils de la maison, les rumeurs qui courent sur sa future épouse.

Conte engagé

Mais derrière ces histoires banales de la vie de tous les jours, se cache en réalité une toute autre dimension. Halima Hamdane conte avant tout l’histoire d’une « petite bonne », comme il en existe malheureusement encore dans le pays. Ces filles, originaires des zones rurales, sont soit envoyées par leurs parents soit enlevées pour servir les maisons bourgeoises dès leur plus jeune âge. Elles ne reçoivent aucune éducation et sont condamnées à être au service de leurs patrons pour le reste de leurs vies. Le collectif « Pour l’éradication de l’exploitation des filles mineures dans le travail domestique », a publié le 13 juin dernier une étude qui révèle que 80 000 filles de moins de 15 ans seraient encore exploitées comme « petites bonnes » au Maroc.

Yitto vivra donc toute sa vie sans contrôler son destin. D’abord traumatisée par la séparation avec sa famille, Dada Johara, la gouvernante, l’a prend sous son aile et lui apprend à garder sa souffrance pour elle et à faire bonne figure. Plus tard, la jeune fille devenue femme sera envoyée dans la maison du fils de la famille, Mehdi avec qui elle entretiendra une relation, donnant naissance quelques mois plus tard à leur fils. Le moment pour elle de retrouver sa liberté et de vivre enfin sa vie.

Dans le petit théâtre, le public boit ses paroles, touché par le calme et la sérénité parfois même l’humour avec lesquels Halima Hamdane raconte cette histoire. Une histoire touchante à laquelle les talents d’oratrice de la conteuse donnent toute sa force. « Laissez-moi parler » redonne la parole à toutes ses femmes qui ont du apprendre à intérioriser et à vivre dans le silence pendant plusieurs générations.

Maeva Lefebvre

 

 

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