Expo : «La Fascination des Sirènes» de FREDI CASCO à La Maison de l’Amérique Latine

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FREDI CASCO   

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La Maison de l’Amérique latine ouvre ses portes à Fredi Casco. A l’occasion de sa première exposition monographique rétrospective, l’artiste paraguayen est honoré par un lieu symbolique de la culture Sud-américaine à Paris. La diversité de son travail y est mise en valeur, où art et histoire ne font qu’un. Reportage au cœur de «La Fascination des Sirènes».

Fredi Casco arpente les couloirs du lieu pour le premier jour d’exposition. Artiste discret au contact facile, il parle peu mais utilise un français maitrisé pour évoquer sa propension à créer une inquiétude, une ambigüité. Son art le positionne au centre des préoccupations paraguayennes actuelles, et donne vie au silence de l’histoire. Il ne s’agit pas d’évoquer les heures sombres du Paraguay, mais d’en détourner les principales représentations. Impossible alors de passer à côté d’une réflexion sur les signes du pouvoir, sur la nature de ce qui nous est montré et de ce que l’œil humain ne veut pas voir.

Pour ce vernissage, le commissaire d’exposition et l’artiste accueillent journalistes et public avec la collection Voluptas. Y est présentée une série de portraits féminins, dont l’étrangeté saute vite aux yeux. Sur chaque photo, le regard des jeunes filles vêtues pour leur première communion est masqué par un bloc noir. Fredi Casco explique au public présent le travail sur l’identité de ces filles, leur chasteté enfantine. Il revendique la mise en cause des pratiques religieuses, politiques, ou culturelles de la haute société paraguayenne, par le biais d’un jeu visuel subversif.

Les regards censurés laissent alors place à une succession de photos floues, troublées pour maintenir la distance entre l’histoire des lieux et le jugement. Dans le couloir lumineux qui mène à la salle principale, la série Le retour des sorciers ranime une période douloureuse de l’histoire. L’artiste s’attaque au régime dictatorial d’Alfredo Stroessner (1954-1989). Il y oppose son appréciation aux discours officiels de l’époque. Les rencontres diplomatiques datant de la Guerre Froide sont représentées sur des clichés historiques, retrouvés dans les marchés aux puces d’Asuncion, la capitale du Paraguay. Fredi Casco prend le temps de rappeler la facilité avec laquelle ces documents ont été retrouvés. Comme si l’histoire avait été oubliée. Certains personnages sont dédoublés, d’autres portent des masques à gaz. Pour nourrir cette déstabilisation du spectateur, Fredi Casco a choisi une esthétique de l’absurde et de l’horreur. La démarche est efficace. Au service de l’histoire et de la transmission, il use de son talent pour assumer son rôle d’artiste engagé.

Matthieu Leniau

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